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Bénin : Malgré la législation, la Planification familiale en quête d’onction religieuse

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L’espacement des naissances est soutenu au Bénin par les méthodes modernes de planification Familiale (PF) qui est alors apparue comme la stratégie appropriée pour contribuer de manière significative, à l’amélioration des indicateurs de développement socio-économique au Bénin. Dans le secteur des religions, elle est encore enquête d’affabilité alors que la législation considère la Santé de reproduction en général comme un droit inaliénable reconnu à tout être humain.

«Allah a ordonné aux musulmans qu’il faut, à compter de la  conception, au moins  30 mois pour l’espacement des naissances ; 30 mois dont huit à neuf mois pour la grossesse et le reste, deux ans environs, pour nourrir l’enfant au lait maternel, sa nourriture principale» déclare El-Hadj Boukari Malik Moutawakil, Imam de la mosquée centrale Médine II Agori-Plateau à Abomey-Calavi à propos de la position de l’Islam au sujet de la Planification familiale. En effet, la Planification familiale est un ensemble de mesures et de moyens mis à la disposition des individus, des couples et de la communauté pour permettre à chacun d’avoir le nombre d’enfants voulus, au moment voulu, d’offrir aux couples infertiles la possibilité de procréer, de permettre une prise en charge responsable de la sexualité y compris la prévention et le traitement des Infections sexuellement transmises et le Vih/Sida. Elle a entre autres avantages la libération de la femme pour la réalisation des activités lucratives, l’accès à l’éducation pour tous les enfants, la diminution de la délinquance juvénile, le ralentissement de la croissance de la population.

La vision des acteurs religieux sur la question est claire. El-Hadj Boukari Malik Moutawakil poursuit en ces termes : « le Prophète a insisté sur le fait que l’espacement des naissances favorise premièrement, la santé de  l’enfant et de la mère, ensuite la femme garde sa beauté et une parfaite forme. Avoir des grossesses très rapprochées, c’est, ’’tuer l’enfant vivant’’ puisqu’on l’empêche ainsi d’être bien allaité et on le rend fragile ». Selon Frédéric Sagbo, prédicateur à l’Eglise évangélique de l’Assemblée des Disciples de Christ (ADC) Abomey-Calavi, «Dieu n’a jamais dit de faire des enfants n’importe comment». Pour lui, la femme, même si elle le voulait, ne peut pas concevoir autant  d’enfants que d’ovules qu’elle possède. Le Révérend Ayi Mensah de l’Eglise Protestante Méthodiste du Bénin, auteur de la brochure intitulée ‘’L’Eglise Protestante méthodiste du Bénin (EPMB) et la Planification familiale’’, est confiant que la Planification familiale est un outil puissant pour l’éradication du sous-développement. Il précise : « Certes Dieu donne la fertilité mais il nous rend responsable de notre procréation. Nulle part dans la Bible Dieu n’a donné le quota d’enfants que les ménages doivent faire. Chacun est responsable du nombre d’enfant qu’il fait. Aujourd’hui, l’église doit éviter les discours du genre : ‘’faites le nombre d’enfants que Dieu vous donne’’ parce que pour nous les chrétiens, cela incite à baisser la vigilance et à négliger sa responsabilité de parent. Les pasteurs l’ont si bien compris qu’ils évitent de faire beaucoup d’enfants de nos jours. Les raisons qu’ils avancent sont entre autres : ‘’ les temps sont durs’’. Il est incontestable que les naissances doivent être planifiées. L’église veut le bonheur de ses membres. C’est pourquoi les enseignements que nous donnons aujourd’hui à nos fidèles doivent être contextualisés et actualisés. Ils doivent tenir compte des réalités que nous vivons présentement. La parole de Dieu et l’enseignement de l’Eglise nous invitent à un dépassement de nous-mêmes, une conversion de notre pensée, de notre regard et de nos actes pour un plus grand bonheur. L’église n’est pas nataliste comme certains le prétendent. Méthode naturelle ne signifie pas laisser faire la nature. L’église fait appel au comportement responsable des couples. La planification familiale est un outil puissant pour l’éradication du sous-développement. Il faut que les conjoints prennent leurs responsabilités pour le bien être du couple ». Le Pasteur Michel Anato de l’Eglise de la Grande Commission Internationale au Bénin apporte sa touche : « Passer certaines informations aux hommes n’est pas facile. A des moments donnés, il nous faut utiliser des tacts pour la sensibilisation. Mais toujours est-il que le message passe ». Dame Hounsi, adepte vaudoun et femme au foyer déclare que «les temps ont changé. Et aucune religion ne dit d’avoir plus d’enfants qu’on ne peut supporter».

De son côté, le Dr Gaston Ahounou, spécialiste en planification familiale et santé de reproduction des adolescents et jeunes a démontré que pour 1000 grossesses, au moins 89 sont attribuées aux adolescentes, tandis que le taux de prévalence contraceptive c’est-à-dire le nombre de femmes sous planification familiale est d’environ 8% ! Autant de problèmes qu’une bonne appropriation de la planification familiale peut corriger, selon lui. Aussi en appelle-t-il à l’augmentation de la part du budget allouée à la planification familiale et à un leadership plus affirmé des leaders d’opinion et des décideurs en sa faveur.

Quelques frilosités liées aux méthodes contraceptives

Hormis cela, quelques frilosités existent et la mayonnaise n’a pas encore  totalement pris  au Bénin.  Pour cela il faut une unité autour de la promotion des méthodes modernes de Planification familiale selon Imorou Hassan, du projet « Leader religieux et planification familiale » à Abms/Psi. Malgré ses avantages, le rapport des femmes à la contraception reste ambigu du fait des effets secondaires (sur la santé, la fécondité, l’apparence physique). Selon l’Enquête Démographique et de Santé du Bénin IV, ces motifs sont respectivement : le désir de grossesse, les problèmes de santé et/ou les effets secondaires. Ces effets secondaires sont redoutés par les femmes et leur gestion conditionne l’acceptation et l’observance d’une méthode contraceptive.

 

Que dit la loi en la matière ?

Selon la loi n° 2003- 04 du 03 mars 2003 relative à la sante sexuelle et à la reproduction, la Santé de reproduction est un droit inaliénable reconnu à tout être humain. Elle est un bien être général, tant physique que mental et social de la personne humaine, pour tout ce qui concerne l’appareil génital, ses fonctions son fonctionnement et non par seulement l’absence de maladies ou d’infirmités. Les femmes n’ont pas accès à la santé pour des raisons diverses liées notamment l’insuffisance d’infrastructures sanitaires et à l’éloignement de celles qui existent mais aussi et surtout à son statut dans la société.

Certains hommes interdisent à la femme l’utilisation de la contraception pour l’espacement des grossesses, ce qui justifie des grossesses rapprochées avec tous les risques y afférents notamment la faible participation de la femme au développement, la pauvreté etc.
C’est pour cette raison que la présente loi a été votée et promulguée pour l’instauration d’une justice sociale au Bénin. Aussi, dans le chapitre 1er, tous les individus sont-ils égaux en droit et en dignité en matière de SR. Le droit à la SR est un droit universel fondamental garanti à tout être humain, tout au long de sa vie, en toute situation et en tout lieu.

 

La contraception, comme méthode de régulation des naissances, est autorisée à l’art.16 de cette loi. Néanmoins, la loi exige une consultation préalable avant l’utilisation des méthodes contraceptives lesquelles doivent être légales. «La contraception comprend toute méthode approuvée, reconnue effective et sans danger. Elle comprend les méthodes modernes (temporaires, permanentes), traditionnelles et populaires. Toute la gamme des méthodes contraceptives légales doit être autorisée et disponible après consultation. Le droit de déterminer le nombre d’enfants et de fixer l’espacement de leur naissance confère à chaque individu la faculté de choisir parmi toute la gamme de méthodes contraceptives effectives et sans danger celle qui lui convient ».

Malgré l’existence de cette disposition, nombre d’acteurs de la société et en particulier, les acteurs religieux développent une certaine frilosité à l’utilisation des contraceptifs pour planifier les naissances. Ils utilisent parfois des méthodes dites naturelles. Et pour faire avancer la perception de la planification familiale au sein des religieux, un creuset a été mis en place pour la bonne cause.

 

Marc Gbaguidi

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