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Succession de revers constitutionnels sous la Rupture : Joseph Djogbénou, un avocat à l’épreuve de l’exercice du pouvoir d’Etat

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Il était annoncé comme un héros. Il n’est plus loin d’être revêtu des attributs de bourreau. Le Garde des sceaux, ministre de la justice et de la Législation Joseph Djogbénou est dans une posture peu enviable depuis l’arrivée au pouvoir du Régime dit de la Rupture conduit par son ex client, Patrice Talon. De revers en revers, le bras droit du Chef de l’Etat Béninois fait l’amère expérience du pouvoir d’Etat.

Les jours passent et les succès judiciaires se raréfient dans l’actualité du Garde des sceaux, ministre de la justice et de la Législation, Joseph Djogbénou. A la faveur d’une décision ce jeudi 18 janvier 2018, la Cour constitutionnelle vient de décider contraire à la constitution du 11 décembre 1990 l’interdiction décidée par le parlement à l’issue d’un vote le 02 janvier dernier. Ce nouveau camouflet pour le gouvernement qui avait pris fait et cause pour le retrait du droit de grève aux magistrats et agents de santé, apparaît aux yeux de l’opinion publique comme un nouvel échec personnel pour le brillant avocat et éloquent agrégé de Droit Privé désormais en charge de la justice au sein du gouvernement Talon. Et pour cause, ancien avocat du candidat devenu Président de la République, Joseph Fifamin Djogbénou s’est illustré ces derniers jours par ses sorties médiatiques pour convaincre aussi bien les populations que les sages de la Cour de la légalité de l’acte des députés. Hissé au rang de porte-parole du gouvernement doublé de ses glorieux titres, le ministre de la Justice n’a pas hésité à mettre sous le boisseau ses convictions antérieures pour s’ériger en défenseur des députés dans leur volonté de supprimer toute velléité de faire grève. Dès lors, pour nombre d’observateurs, si la remise en cause de la démarche parlementaire constitue un échec pour l’institution et le gouvernement, il n’en demeure pas moins qu’elle soit considérée comme un nouvel désaveu pour le sémillant et respecté juriste, avocat et Professeur d’université reconverti à la politique.

De héros à zéro ?

Que restera-t-il de l’image de l’ancien leader estudiantin et défenseur inconditionnel des droits de l’homme et de la bonne gouvernance au sein de la Société civile à l’issue de sa présence dans le gouvernement Talon ? difficile de prédire, selon les observateurs, la côte de popularité dont jouira l’ancien universitaire adulé et annoncé comme l’un des potentiels dirigeants du Bénin pour son engagement et sa proximité avec les préoccupations de ses compatriotes. C’est d’ailleurs cette image qui faisait de lui un leader apprécié qui a fait sursauter de joie les citoyens à l’annonce de sa présence au sein du premier gouvernement de Patrice Talon aux lendemains de son accession à la magistrature suprême. Mais, depuis lors, l’homme désormais identifié comme le père de « la rage et de la ruse » peine à convaincre de la justesse de son combat en faveur du Bénin. En guise d’illustration, l’échec patent du gouvernement à faire adopter par les députés la révision de la constitution du 11 décembre 1990, a mis à jour une distanciation désormais affichée entre les priorités de Joseph Djogbénou et ses compatriotes. Plus actuel, le rejet de la loi supprimant le droit de grève aux magistrats dont il s’est fait l’ardent défenseur après avoir pris la tête d’une marche contre cette procédure sous le régime de Boni Yayi, est apparu comme une remise en cause par l’homme de ses anciennes convictions ; toute chose qui justifie à bien des égards la perte constante de sympathie dont il est l’objet depuis plusieurs mois.

Alors qu’il bénéficie de la confiance du Chef de l’Etat pour les réformes majeures, Joseph Djogbénou ne semble plus trouver les recettes qui ont fait sa renommée dans un passé récent pour justifier le bien-fondé ses actions et interventions au sein du gouvernement de la Rupture. Conséquence, certains de ses compatriotes n’hésitent pas à réclamer son départ du gouvernement après les multiples déboires du gouvernement avec la justice en dépit de ses connaissances juridiques.

En tout état de cause, à l’épreuve de l’exercice du pouvoir d’Etat, l’homme de droit démontre le grand fossé avec la théorie qu’il a longtemps défendue pour mettre le Bénin sur les rails de son développement. En attendant d’apprécier davantage les logiques du Professeur de Droit privé dans son engagement politiques, les populations aspirent à une démocratie renforcée dans la quiétude et « fifamin »….(dans la paix).

Aclan Omiotan

 

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